Cette saison en collaboration avec notre parrain officiel Actual, 5ème acteur sur le marché du travail et de l’emploi en France, nous allons partir à la rencontre d’anciens joueurs du club qui ont effectué une reconversion hors du milieu du football. Pour ce nouvel épisode, nous avons échangé avec Loïc Druon. L’ancien défenseur central des Merlus évolue aujourd’hui dans le milieu notarial en tant que négociateur immobilier à Quimper. Il nous explique les raisons de cette reconversion. Entretien.
À quel moment avez-vous commencé à réfléchir à votre après-carrière ?
Assez tôt finalement, parce que je n’étais pas passé par un centre de formation ni par un cursus sport-études. J’ai commencé à jouer à Quimper quand le club était en National, tout en poursuivant mes études. Je suis parti ensuite à Saint-Brieuc comme stagiaire professionnel à 22 ans, au moment où le club montait en Ligue 2, mais j’étais toujours inscrit à la faculté de Brest. À cette époque-là, j’avais obtenu mon DEUG de mathématiques.
Vous n’aviez donc pas encore l’immobilier en tête ?
Pas du tout. J’étais plutôt bon en maths et l’avantage de la fac, c’était de pouvoir continuer à jouer à un bon niveau tout en poursuivant mes études. Comme je n’avais pas suivi le parcours classique des centres de formation, j’avais envie de mener les deux de front.
Pourquoi avoir choisi l’immobilier après le football ?
L’immobilier est venu progressivement parce que je m’y intéressais déjà en tant qu’investisseur lorsque j’étais joueur. J’aimais beaucoup cet univers. Après ma carrière, j’ai repris mes études pendant deux ans et obtenu une maîtrise en commerce international avec une spécialisation sur la Chine. Mais reprendre une autre voie n’était pas simple : j’avais 34 ans et trois enfants. L’école que j’ai intégrée, je voulais déjà la faire après mon DEUG, mais ma carrière avait pris le dessus. Finalement, je suis revenu vers quelque chose qui m’intéressait depuis longtemps : l’immobilier.
Qu’est-ce qui vous attirait particulièrement dans ce domaine ?
Comme investisseur, je trouvais l’immobilier passionnant. C’est un domaine où l’on peut construire quelque chose rapidement lorsqu’on investit correctement. J’avais acheté un petit immeuble collectif par l’intermédiaire d’une agence à Quimper où travaillait un ami. Quelques mois plus tard, ils cherchaient quelqu’un et m’ont contacté. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? »
C’est donc avant tout une histoire d’opportunité ?
Oui, clairement. J’ai commencé par un peu d’immobilier professionnel grâce à une connaissance, mais j’accrochais moins avec les bâtiments industriels et ce type de biens. Ensuite, l’opportunité en immobilier résidentiel est arrivée et cela correspondait davantage à ce que j’aimais.
Aujourd’hui, vous êtes négociateur immobilier au sein d’une étude notariale. En quoi consiste précisément votre métier ?
Je m’occupe des ventes confiées par l’étude, comme le ferait une agence immobilière classique. Mais mon rôle est plus large puisque j’interviens également sur les estimations dans le cadre de successions, de donations ou encore de séparations. Je réalise toutes les évaluations des biens et je les valide avec les notaires concernés par les dossiers. Je suis quasiment toujours sur le terrain, ce qui me convient très bien.
Y a-t-il des dossiers qui vous ont particulièrement marqué ?
Oui, certains sont très particuliers. Je me souviens par exemple d’un dossier avec deux appartements et… 72 héritiers. Dans ce type de situation, on ne peut rien faire sans l’accord de tout le monde. Il faut parfois faire appel à un généalogiste lorsqu’il n’y a pas d’héritiers directs et que l’arbre familial devient très complexe. C’est une spécificité des dossiers liés aux successions.
Quelles différences voyez-vous entre votre métier en étude notariale et celui exercé en agence immobilière ?
La première grande différence, c’est que je n’ai pas le droit de démarcher ou de prospecter. Je ne peux pas faire de boîtage ou appeler les gens directement. Mes clients sont ceux de l’étude ou mon réseau personnel. Ensuite, la palette de missions est beaucoup plus large. Sur le plan juridique notamment, j’apprends tous les jours. Certains dossiers présentent des situations très particulières et travailler avec des notaires permet d’aller beaucoup plus loin techniquement.
Aviez-vous des appréhensions en débutant ?
Pas vraiment. J’avais déjà une bonne connaissance du sujet grâce à mon intérêt personnel pour l’immobilier. Ensuite, la pratique permet surtout de consolider ses connaissances. Et puis je travaille toujours en lien avec les notaires, donc il y a une validation permanente.
Quelles qualités développées dans le football vous servent aujourd’hui ?
L’esprit de compétition, sans doute. Quand on travaille en agence, il y a aussi des objectifs à atteindre. Le fait de ne jamais lâcher et de toujours essayer de faire son maximum est certainement quelque chose que le sport m’a apporté.
Le sport de haut niveau vous a-t-il aidé à gérer la pression dans votre métier ?
Pas vraiment. Je ne ressens pas cette forme de pression aujourd’hui. Dans le football de haut niveau, il y a une adrénaline et des émotions qu’on ne retrouve pas ailleurs. Ce sont des sensations particulières. Je pense que le sport de haut niveau fait vivre des choses qu’on ne peut pas reproduire dans d’autres métiers.
Retrouvez-vous malgré tout un esprit d’équipe similaire à celui des vestiaires ?
C’est différent. En agence, il peut y avoir une vraie dynamique collective, mais cela dépend beaucoup des personnes. En étude notariale, mon activité est un peu à part. Il y a les clercs, les notaires, puis le service négociation où je suis davantage à l’extérieur. Bien sûr, il y a beaucoup d’échanges, mais ce n’est pas le même fonctionnement qu’un vestiaire.
Quelle est la dimension humaine de votre métier ?
C’est quelque chose qui me plaît beaucoup. J’aime le contact humain et rencontrer des personnes différentes. Je suis rarement au bureau. Je découvre des profils, des histoires et des situations variées en permanence. Certaines sont parfois compliquées, mais elles sont toujours enrichissantes.
Quelles sont selon vous les qualités essentielles pour être un bon négociateur immobilier ?
L’écoute et l’accompagnement. Nous essayons d’être les plus justes possibles dans les estimations, sans promettre des prix irréalistes simplement pour obtenir un mandat. L’objectif est d’accompagner correctement les gens.
Votre passé de footballeur professionnel est-il parfois un sujet de discussion avec vos clients ?
Ça peut arriver, mais c’est de plus en plus rare. J’ai arrêté il y a une vingtaine d’années maintenant. Parfois, certains passionnés de football reconnaissent mon nom et font le lien avec Lorient, mais cela reste occasionnel.
Quel conseil donneriez-vous à un jeune footballeur concernant l’après-carrière ?
Je pense qu’il faut toujours se former à autre chose et avoir plusieurs cordes à son arc. Dans mon esprit, le football professionnel a toujours été une parenthèse. J’avais déjà un Bac+2 et je savais que je reprendrais mes études ensuite. Aujourd’hui encore, beaucoup de jeunes misent tout sur le football alors qu’il y a très peu d’élus. Même lorsqu’on réussit, ce qu’on a appris avant peut servir plus tard. Il faut aussi éviter de penser que les portes resteront ouvertes éternellement. Quand on est joueur professionnel, beaucoup de choses semblent faciles. Mais une fois la carrière terminée, c’est différent. Si on compte uniquement sur les autres pour construire sa suite, cela devient compliqué.
Avec du recul, quel regard portez-vous sur votre parcours ?
Je retiens surtout la chance d’avoir toujours fait quelque chose qui me plaisait. J’ai eu la possibilité de vivre de ma passion pendant une douzaine d’années, de connaître des émotions incroyables grâce au sport de haut niveau et notamment de remporter une Coupe avec Lorient. Aujourd’hui, je fais encore un métier qui me plaît. Et quand quelque chose ne me plaît pas, je sais que je ne serai pas performant. C’est aussi pour ça qu’il est important d’anticiper : une carrière sportive reste courte.

